Bien des choses sont
à prendre en compte dans la réalisation d’un
dessert. Tout d’abord (et bien évidemment ?...),
les goûts présents doivent s’accorder ; on
ne peut pas tout unir. Il faut ensuite se focaliser sur un maximum
de trois saveurs afin de ne pas
« surcharger » le palais et qu’il
puisse s’y retrouver. A partir de là, on pourra
travailler efficacement les produits et les ainsi
sublimer.
Après viennent s’intégrer les notions de
contrastes :
-Sucré/
Acide/ Amer
-Chaud/
Froid
-Moelleux/
Croustillant/ Fondant/
Pétillant…
Ce ne sont pas les
seuls, et chacun d’eux à des niveaux possibles
différents. Il faut
« réveiller » la bouche par ces
oppositions qui donneront l’illusion de rehausser les
goûts alors qu’ils les mettront juste en valeur en
attirant l’attention sur eux.
La
dernière chose est la présentation. Les goûts
et la qualité des produits sont primordiaux mais
l’apparence n’est pas à négliger car
l’on mange dans un premier temps « avec les
yeux ». L’influence psychologique sur le
goût à sont importance : un plat n’aura pas
le même impact dans des ambiances, cadres, et
atmosphères différentes…Il en va de même
pour sa présentation. Il faut qu’un client voyant
passer un dessert destiné à une autre personne ai
envi de le goûter (j’ai également
remarqué qu’un dessert vendu dans les premières
tables va se vendre beaucoup plus pendant ce service qu’un
dessert que personne n’a encore vu…Ça donne des
« services à thème »). Mais on
ne doit en aucun cas tout miser sur la présentation,
laissant une place importante à la déception possible
du client. Il faut donner envie pour un produit qui est au top et
non combler les lacunes par
l’apparence.
La carte actuelle du
restaurant compte cinq desserts (deux autres desserts
« spéciaux » sont conçu pour la
Saint Valentin et la Saint Sylvestre), qui restent entre un mois et
demi et quatre mois en fonction des saisons (deux mois
d’abricots l’an dernier), du succès qu’ils
déclenchent, de l’imagination ainsi que de mon envie
et de mon plaisir à les réaliser : il faut dire
que j’ai la chance d’avoir une très grande part
de liberté dans mon travail ; ce n’est pas pour
autant que je vais imposer un dessert, je demande toujours
l’avis de mes collaborateurs (chef de cuisine, sommelier,
directeur…), car tout n’est pas inné, le
travail d’équipe permet de corriger de petites
erreurs, d’avoir une première idée de la
capacité du dessert à plaire, de rajouter un petit
plus auquel je n’avais pas
pensé…D’améliorer le résultat
final.
Pour des
raisons de mise en place et d’essais, je
préfère changer les desserts un à un de la
carte, ce qui permet une impression de diversité plus grande
pour les clients habitués.
Enfin,
je mets en place des thèmes de dessert qui doivent figurer
sur la carte du restaurant afin de pouvoir convenir à un
plus large panel de client :
-Un
classique : Bien que j’adore essayer de
faire des desserts originaux, certaines personnes ont plus
confiance en ce qu’ils connaissent déjà, ont
besoin de repères ; c’est pour cela que je laisse
un baba, ou une crème brûlée même si
j’y incorpore une petite originalité (on peut comparer
cela au fait qu’il y a toujours un choix de viande dans les
restaurants de poissons). De plus, conserver ses bases est un bon
outil pour pouvoir évoluer, et un classique permet
également une comparaison avec ce que les gens connaissent
déjà.
-Un dessert au
chocolat : le chocolat est un péché
mignon que les gens s’autorisent (peut-être plus
facilement) après un bon repas au
restaurant
-Un
fruit de saison : Faire un dessert autour
d’un fruit n’est pas si aisé qu’il
n’y parait. Le but est ici de le mettre en valeur, de le
sublimer, et la plus grande contrainte ici est le temps : les
saisons, les périodes de maturité sont assez
éphémères, et varient suivant les
années. De plus, les gens n’ont plus le réflexe
de manger des fruits (d’où les pubs sur la nutrition,
entre autre…), et la plupart des desserts sont à base
de produits laitiers. Frédéric Robert faisait
déjà ce constat dans « Le grand livre
de cuisine d’Alain Ducasse, desserts et
pâtisserie ». Ce dessert permet une petite
« redécouverte » du fruit et des
possibilités qu’il nous
amène.
Voilà pour les thèmes principaux, qu’il est
également possible de mixer entre eux. Pour les autres
desserts, je laisse parler mes envies, mes coups de cœur pour
un produit, les possibilités sont plus vastes. Mais
j’aime bien également avoir un dessert avec de
l’alcool, tiré d’un cocktail ou non
(j’avais transposé le Mojito en dessert
l’été dernier), utiliser les espumas (pour la
sensation de légèreté qu’ils
procurent)…D'autre part, pour des raisons "d'envoi"
lors des services, je me doit aussi d'avoir au moins un dessert
facil à dresser, étant seul au poste avec une
capacité de 54 couverts.
Et ce que j’ai appris, en grande partie
dû à la réalisation de ce blog, c’est
à quel point je m’inspire de mes souvenirs
d’enfance, et, d’autre part, qu’il ne sert
à rien de vouloir faire trop compliqué pour se
démarquer, il faut juste prendre son temps pour
évoluer, et avoir un thème lors de la création
d’un dessert.